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L’ambition de la collection Troisième Culture est de rendre accessible les sciences humaines et sociales à un large public novice, et particulièrement aux lycéens et jeunes adultes.

Si de très nombreux ouvrages abordent des questions de société, sous des appellations et formes plus ou moins classiques de la vulgarisation (de la fiction aux propos philosophiques), peu de choses sont proposées à un public novice pour se confronter plus précisément et directement aux sciences humaines, à leurs problématiques, leurs concepts et méthodes.

Les "bonnes raisons" de cette faiblesse dans l’offre éditoriale viennent facilement à l’esprit. La technicité du vocabulaire et des méthodes, l’abstraction des concepts ou l’hermétisme des démonstrations sont indéniablement des obstacles à une large diffusion de ces savoirs, a fortiori pour les plus jeunes. Mais cette difficulté n’est pas propre aux sciences sociales ; elle est le lot de toute science. L’argument nous semble alors plus tenir par les services qu’il peut rendre à une critique ancienne et plus générale : les sciences sociales seraient fatalistes et amorales. D’une part, parce qu’elles accompagneraient le grand mouvement de désenchantement du monde et, d’autre part, parce qu’elles relativisent les valeurs et les principes affirmés par nos sociétés. Cette posture originelle serait peu compatible avec l’image que nous nous faisons de la jeunesse et encore moins avec ce qui nous semble indispensable à lui transmettre.

Mais cette objection fait peu de cas de deux dimensions fondamentales des sciences sociales, à savoir être des sciences morales et démocratiques. Morales, car leur ambition profonde est de contribuer, par la connaissance réelle de l’homme, à l’élaboration et l’établissement de mœurs qui lui sont toujours plus compatibles. Démocratiques, parce que le principe d’égalité suppose et accorde à chacun la faculté de juger. L’apport essentiel des sciences sociales n’est pas de désenchanter le monde mais bien plutôt de combattre le principal vecteur de ce désenchantement : la naturalisation des phénomènes. Apprendre, en effet, à reconnaître dans les phénomènes sociaux des constructions sociales, proprement humaines, permet de mieux percevoir ce en quoi ils s’imposent à nous, c’est-à-dire ce en quoi ils résultent nécessairement de choix collectifs. La critique ou la suspicion du relativisme supposé des sciences humaines est oublieuse de leur projet initial : interroger et définir par la raison des valeurs humaines. Dans cette perspective, des notions comme la solidarité, la sociabilité, l’invention ou l’espérance ou encore le don, ne sont pas invoquées par un humanisme plus ou moins abstrait et généreux ; elles sont affirmées, par la connaissance, comme des dimensions essentielles de la vie humaine.

L’histoire, la sociologie, l’économie, la géographie, la psychologie ou les sciences politiques offrent en effet, chacune à leur manière, autant d’approches d’une même interrogation : que font les hommes pris dans des situations singulières ? Que font les hommes confrontés à certaines questions qui s’imposent à eux ou qu’ils se posent ? La compréhension de toutes les richesses des expériences humaines est la matière du développement de ces sciences.

Le projet de la collection Troisième Culture entend se décline à travers la présentation d’expériences du monde social, à travers le récit d’événements. A l’image du partage du savoir, qui sépare en distinguant et qui réunit en rappelant l’existence d’une même condition, ces expériences sont présentées comme singulières et représentatives. Singulières parce qu’elles témoignent d’une culture, d’une période, d’un groupe particulier, voire d’un individu. Représentatives car ces expériences ne témoignent pas seulement pour elles-mêmes mais peuvent être considérées comme des illustrations des grands arrangements que les hommes élaborent pour asseoir et penser leur existence.

Pour rendre effective une telle ambition, chaque ouvrage de la collection présente des objectifs modestes. Les notions ou concepts choisis sont peu nombreux, mais rigoureusement présentés. En aucun cas il ne s’agit de prétexter quelque événement pour déployer un savoir général sur les différents aspects d’une question. Une attention toute particulière est portée à la qualité "littéraire" des récits ; cette attention n’est pas secondaire. Elle n’a pas non plus pour simple objectif de rendre accessible l’ouvrage. Elle relève plutôt du souci de restituer le plus exactement possible les formes d’expression des protagonistes. Restituer les modes et conflits d’interprétation du monde est ici un enjeu majeur.

De fait, chaque ouvrage de la collection Troisième Culture se présente comme une introduction aux sciences humaines par un livre d’auteur : une introduction parce que son ambition reste modeste ; un livre d’auteur parce que chaque ouvrage assume un parti pris, un savoir engagé.



Presse La collection

France Inter

Le 7/10 Nicolas Demorand, France Inter
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"La collection "Troisième Culture" s’attelle à faire mentir ce poncif qui veut que les "jeunes" ne lisent plus, en publiant des ouvrages accessibles mais exigeants, introduisant des auteurs ou des grandes questions de différentes disciplines, de l’histoire à l’économie, en passant par la sociologie ou les sciences politiques."

Olivier Doubre, Politis, 28 janvier 2010

"Si la collection s’affiche "destinée à familiariser le public jeune ou adolescent avec les sciences sociales", un "large public non spécialiste mais curieux" est convié. Il aurait tort de refuser l’invitation."

Grégory Salle, La Revue Internationale des Livres et des Idées, 2009.


Le site des Éditions Thierry Magnier